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    Est-ce que les mots nous mangent comme dit l'ami Sergio, oui, je le crois et moi, même, ils me démangent...

    J'avais dit à la dernière réunion mon point de vue selon lequel nous devrions éviter d'employer le même vocabulaire que celui de la grande distribution et du marketing, en redisant au passage ce qui nous en distingue radicalement.

    Un exemple, se dire « consommateurs », responsables ou pas, au groupe achat, me contrarie…

    La consommation pour moi, ce n'est pas tant l'angoisse du moment fatidique du remplissage de caddie sous les néons devant « l'info » des mille étiquettes puis la queue à la caisse (bonjour-merci-au revoir = BMA) insérez votre carte…

    Ce qui me chagrine ce n'est pas tellement non plus l'existence d'une engeance de consommateurs conditionnés, moutonniers, compulsifs, irresponsables ou je ne sais quoi, qui sont mes frères et sœurs après tout et je fais comme eux finalement ; je ne dis pas non plus que je dédaigne le consommateur responsable, informé et aguerri, inscrit à Que Choisir ou même le très noble « consom-acteur »...

     

    « Le consommateur » ne fait pas que consommer ce qu'il pousse dans son caddie, il consomme aussi tout le mode de consommation qui va avec et c'est cela qui est presque le plus important. Tout ce qu'on lui fait « avaler » : le contrôle des comportements, certains parlent maintenant « d'hyper-contrôle » (captation de l'attention pour insérer une pub, captation des comportements par les données numériques personnelles, user profiling, etc. etc.), anéantissement des petits paysans et de la diversité de leurs cultures (malgré tous les efforts locaux et du bio et des réglementations des ministères), disparition de savoirs et savoirs-faire derrière les emballages et jugements à partir des étiquettes, perte de nos savoirs-vivre (BMA à la caisse, queues silencieuses et piteuses, enfants énervés et dévastateurs – ces derniers pouvant être retrouvés dans les groupe achats, certes :) ).

    Le marché local, ainsi que la vente directe et les groupes d'achat et apparentés, AMAP, etc., se préservent heureusement du marketing et de son système. Au groupe achat, nous essayons d'établir des relations directes et loyales avec les paysans, un système vertueux, où nous partageons, nous nous entraidons : tout cela constitue des savoirs-faire et un savoir-vivre, à la longue qui en rencontre d'autres.

    Je ne suis pas poète mais je crois que nous pouvons nous entraîner à remplacer certains gros mots qui véhiculent des choses contraires à nos valeurs.

    Le producteur et son frère siamois le consommateur ne sont pas dans la nature des choses mais ce sont les piliers de notre économie capitaliste dite « consumériste » (1930-) qui a besoin de toujours plus de consommation pour faire de la croissance et de producteurs poussés au bout de leurs limites physiques et psychologiques pour trimer toujours plus et pour moins cher.

    Producteur et consommateur sont des catégories de l'INSEE dont on peut très bien se passer dans la vie courante. Ces « catégories » finiront même peut-être par disparaître un beau jour, espérons le, comme les visionnaires des années 1960 l'avait annoncé (comme Baudrillard, la société de consommation 1970)1.

    Prenons l'exemple du pain de Benoît : aurait-on l'idée de dire « salut, je voudrais de ton produit » ? Il le prendrait mal... Achète-t-on un « produit » à un « producteur » ou du poisson à un pêcheur ou du miel à une apicultrice, etc. ? Un berger, admettons « producteur de viande », doit-il être réduit seulement à cela, nous qui le croisons chaque jour avec son troupeau ?

    Alors gardons la diversité du vocabulaire nuancé, inventons-en même du nouveau, ne jetons pas à la trappe le plus important, le champ, le grain, la mer, la laine en croyant tout résumer avec « produit → (flèche) consommateur » écrit avec un gros feutre indélébile sur un paper-board. Mais je sais que ce n'est pas notre genre. Emmanuel

     

    Quelques synonymes

    Je dirais : À la place de :
    Nous sommes les membres d'un groupe achat nous sommes des consommateurs ou consom'acteurs (défini par wikipédia ainsi : « voter avec son caddie »)
    qui achetons qui consommons des produits...
    du pain, poisson, miel, viande, aliments, des comestibles (parfois incroyables), denrées, agrumes, pommes, productions, récoltes, victuailles, nourriture, boustifaille, mangeaille, pitance, subsistance, vivres  
    ...à un paysan à des producteurs sélectionnés et concurrentiels...
    ou éleveur, fournisseur, approvisionneur, commerçant, marchand, pourvoyeur, ravitailleur, « maître habile dans un art » (s'applique aux précédents)  
    le fruit de son travail qui maximisent leur chiffre d'affaire dans le respect des normes
    confectionner, créer, cultiver, donner, élaborer, fabriquer, faire, faire venir, fournir, fructifier, préparer, cueillir, débiter, élever, ramasser, récolter,  

     

     

    1L’économie consumériste est morte, vive l’économie contributive ! Le philosophe Bernard Stiegler décèle dans l’essor des logiques coopératives, parmi lesquelles l’économie du partage, les dynamiques de co-constructions, l’open-source, les réseaux peer-to-peer, l’émergence d’un nouveau modèle économique appelé à remplacer un capitalisme crépusculaire.

  • "La ruche" critiquée dans cet article... Est-ce que cela ne renforce pas l'intérêt des groupes comme le nôtre ?


  • Une remorque bagagère, on s'en sert une fois par mois en moyenne, voire moins.

    Alors, l'acheter ensemble permet de choisir une remorque de bonne qualité et d'une bonne capacité de charge. Et ça revient bien moins cher à tout le monde.

    Reste à avoir suffisamment confiance en les autres copropriétaires et à penser concrètement la chose. Il y a à ce sujet des exemples de co-achat à partir desquels nous pouvons trouver notre propre modus vivendi. Corinne et moi nous sommes partants.

    Parlons-en sur notre blog. Maxime





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